Un grand peintre de l’âme
montmartroise
A Great Painter of the Soul of Montmartre
La peinture a parfois d’étranges destins. Ou plutôt
d’éternels retours, de troublantes survivances. L’on n’ignore point que Montmartre connut son heure de gloire au début du siècle, marquée par les grands noms que sont Toulouse-Lautrec, Maurice
Utrillo, Maclet, Génin ou Gen Paul, qui, chacun à leur manière, exprimèrent l’âme de la Butte, de cet étrange village accroché à un mamelon de la ville-lumière. Qui eut dit que cent ans après –ou
peu s’en faut – l’esprit en perdurerait, reconduit par de nouvelles figures, tout aussi passionnantes et talentueuses que les précédentes ? Car il est des atmosphères qui veulent continuer
de trouver leurs enfants sur ce brin de paradis. Mais le plus ardu pour eux ce n’est pas tant de perpétuer le rêve d’une époque et la nostalgie qui s’y rattache mais bien de former les rangs de
dignes héritiers, tout aussi intéressants que leurs prédécesseurs. Là est le véritable défi : se montrer à la hauteur des Illustres sans s’empêtrer dans leur empreinte, continuer de faire
vivre l’esprit d'un quartier au travers de l’art sans démériter. Actualiser, continuer d’affirmer une personnalité propre, en toute liberté, exprimer les changements caractéristiques de leur
temps, comme les grands noms de jadis l’auraient voulu.
The
painting has sometimes strange destinies. Or rather, eternal return, disturbing survivals. We do know that point Montmartre had its heyday in the early twentieth century, marked by famous names
such as Toulouse-Lautrec, Maurice Utrillo, Maclet, or Génin, Gen Paul, who, each in their own style, expressed the soul of the Butte, this strange village clinging to a nipple of the city of
light. Who would have said that after a hundred years or so - would continue this spirit, renewed by new figures, just as exciting and talented than the previous ones? Because there is some
atmosphere that still wants to find its children on this part of paradise. But the toughest part for them is not so much to perpetuate the dream of a past time and the nostalgia attached to it
but to form the ranks of worthy heirs, just as interesting as their predecessors. Here is the real challenge: to be at the same level as the Illustrious without becoming entangled in their
footprint, to continue to live the spirit of a neighbourhood through art without demerits. To update, to continue to assert their own personality, in fully freedom, to express the typical changes
of their time, as the great names of yesteryear would have appreciated.
Bruno-Emile LAURENT est de ceux qui y ont le mieux réussi.
Pour y parvenir, il a gravi la sente en plusieurs étapes. Fidèlement d’abord, c’est-à-dire par rapport au réalisme poétique d’Utrillo, dont on l’a trop souvent rapproché au point d’en faire un
épigone. On ignore qu’égaler un maître c’est déjà beaucoup. Le Musée de Montmartre ne s’y est pas trompé du reste, lui qui expose en permanence un Théâtre de l’Atelier de sa main dans cette
veine. On ignore aussi qu’un peintre, s’il n’est toujours mélancolique ou inquiet, aime à se dresser face la critique et lui répondre. Bruno-Emile LAURENT, lui a rétorqué à sa façon, c’est-à-dire
en se démarquant, en montrant qu’il était capable de développer son style propre. Il s’est alors livré à des compositions lyriques, sortes de déroulements sur de larges panneaux des hauts-lieux
de Montmartre qu’il connaît par cœur : le Moulin rouge, la rue Norvins, la place du Tertre, le Sacré-Cœur, le Moulin de la Galette, la place Pigalle… On y retrouvait ses couleurs favorites,
faites d’un amalgame de plages rouge strident, jaune mordoré, bleu radieux, blanc plâtreux, bruns féconds, ocres cultivés comme autant de traits d’union entre les sujets, jamais plus de deux ou
trois afin de conserver une unité au tableau, de ne pas l’alourdir, de ne point perturber le regard. Déjà pointaient ça et là des figures insolites, chansonniers sortis des réclames de cabarets,
danseuses de French-cancan, buveurs de spiritueux, couples enlacés. Il n’en fallut pas plus pour que l’auguste Moulin-Rouge, haut lieu de la vie montmartroise, reconnût là un travail
exceptionnel, d’autant que l’artiste, s’activant dans sa tanière des contreforts de la colline, dans son atelier-galerie du 21, rue Henri-Monnier, est l’un des seuls à avoir pignon sur rue, loin
des flots de touristes, en marge de la place du Tertre. Rien que cette situation en fait un caractère, une « trogne » comme on aurait dit à la Belle époque. Une lithographie fut tirée
par le roi des établissements de Pigalle et la boutique de celui-ci l’exposa.
Bruno Emile
LAURENT was among those who have been the most successful for this challenge. To achieve this, he climbed the slope in several stages. Accurately first, ie in relation to the poetic realism of
Utrillo, whom he was often said so close that one considered him as his epigone. But it is not well known that to equal a master is already a performance. Indeed, the Museum of Montmartre was not
mistaken, which presents a permanent Théâtre de l’Atelier (the Theater of the Studio) of his hand in this vein. It is known neither that, when he is not sad or worried, a painter likes to stand
up and face the critics respond. Bruno Emile LAURENT retorted in his own way, that is to say, standing out, showing that he was able to develop his own style. He then engaged in lyrical
compositions, types of sequences on large panels of high places of Montmartre he knows by heart: the Moulin Rouge, the Norvins street, the Place du Tertre, the Sacred Heart, the Moulin de la
Galette, the Place Pigalle... Here were his favorite colours, made of a mix of patches of strident red, golden yellow, bright blue, chalky white, rich browns, skilled ochres. They acts like
hyphens between subjects but never more than two or three in order to keep a unit on the canvas, not to increase, not to disturb the eye. Already pointed here and there unusual figures, out of
advertising chansonniers, French cancan cabaret dancers, liquor drinkers, couples embracing. No more proofs of talent were necessary for the genteel Moulin Rouge, which is the center of
Montmartre life, to recognize the outstanding work, especially since the artist, who works in his lair in the foothills of the hill (in his gallery situed 21, rue Henri-Monnier), is one of the
few to have a presence, far from the streams of tourists, away from the Place du Tertre. In fact, nothing more could have make him a character, a "trogne” (faces) as it would have been told at
the Belle Epoque. As a result, a lithograph was printed by the leading entertainment place of Pigalle, which also exhibited it in its own store.
Cela suffisait-il ? L’artiste évolue comme la vie suit
son cours, son inspiration enquête, l’originalité s’affirme, le geste se lâche et le talent arpente de nouveaux méandres. Et l’âge régurgite maints souvenirs. C’est tout le mérite de l’artiste
que de vouloir ainsi se surpasser en permanence, sa raison d’être, sa sève au quotidien. Les vues se firent plus allusives, les personnages devinrent prééminents, tout comme les taches qui
prirent de l’allant, tellement qu’elles maculèrent des palettes usagées et collées dans une expression matiériste nouvelle. Un brouillard iridescent, sorte de nuage poétique grandiose mais
toujours aussi narratif et dansant, exhala une générosité primesautière, qui déroulait de nouveaux thèmes, ceux du cinéma, du théâtre et du cirque notamment.
Was it
enough ? The artist is evolving as life continues, his inspiration investigates, his originality strengthens, the gesture relaxes and talent paces new meanders. And age regurgitates many
memories. This is all the merit for the artist to wish to excel continuously, his raison d'être, his daily sap. The views became more allusive, the characters became prominent, like the spots
which developed themselves so much that they maculated old pasted pallets and created a new material expression. An iridescent mist, a kind of poetic cloud grandiose but still narrative and
dancing, exhaling an impulsive generosity, which developed new themes, that of film, theatre and circus arts in particular.
Comme on l’aime ce
Paname ni bourgeois ni bohême, juste éternel à sa façon ! Allez, laissez-vous emporter par son flot pictural et vivez, grâce à l’un des derniers de nos peintres-Mohicans de la Butte, les
grandes heures d’une capitale qui n’ont jamais vraiment disparu.
How we like it this Paname nor bourgeois nor bohemian, just
everlasting in his way! Come on, let you be carried away by his stream of painting and live, thanks to one of the last of the Mohicans-painters of the Butte, the hours of a capital that has never
really disappeared.
Stéphane LAURENT
Stéphane LAURENT
by Lolo published in: News
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